• Démocratisation du jambon

      Vous aviez déjà pensé à démocratiser le jambon ? Ben moi non plus. Par contre, démocratiser le DIY et les patrons de couture, je vois qu'il y a des gens qui prennent ça très à cœur et tiennent à ce qu'on le sache. Alors, en ces temps électoraux, comment s'y prendre pour démocratiser un patron, voire la couture elle-même (qui comme on sait a toujours été un truc d'aristo) ?
    Y place-t-on d'office
    une poche aux dimensions d'une carte d'électeur ?
    Lui apprend-on qu'en démocratie on a le droit d'habiller tout le monde à l'exception de quiconque apporte son suffrage à l'extrême droite ?
    Met-on en place le revenu universel ou une allocation spécifique afin que chacun puisse acquérir au moins deux patrons de petit créateur par mois ?
    Les instructions desdits patrons s'efforcent-elles de respecter la diversité culturelle du public auquel elles sont destinées ?
    Encourage-t-on le développement de types de coutures à même de renforcer la cohésion et la solidarité sociale ?
    Crée-t-on un livret surjeteuse permettant de s'endetter à taux préférentiel pour l'acquisition d'une véritable machine de guerre ?
    Car là seraient les véritables enjeux.

    **********

      Petit exercice : dans la liste suivante, certaines entités sont démocratisables, d'autres non, d'autres encore déjà démocratisées. Lesquelles ?
    - la bêtise
    - les colliers en pâtes
    - les pattes d'éléphants (véritables ou en tissu)
    - la broderie

    - le cannabis
    - la miséricorde
    - mes fesses

    - les républicains
    - l'impôt sur la fortune
    - le jardinage
    - les merceries

      Deuxième exercice : parmi ces mots ou groupes de mots, certains sont plus à même d'exprimer le sens de "démocratiser" tel qu'employé dans le cas de l'objet patron de couture et plus largement des travaux manuels. Lesquels ?
    - diffuser un usage (le plus largement possible afin de dégager un bénéfice le plus large possible)
    - permettre à une clientèle jeune et solvable de renouer avec une pratique populaire tombée en désuétude et à nouveau tendance.
    - populariser
    - s'attribuer un rôle dans un regain d'intérêt préexistant pour certaines techniques. Parfois on dirait même qu'il n'y a jamais eu personne avant pour préparer le terrain.
    - mettre quelque chose à la portée du plus grand nombre en en réduisant le coût.
    - appliquer des recettes de marketing viral à un produit relevant d'un savoir-faire désirable à une période donnée.
    - rendre accessible à toutes les classes sociales ce qui était réservé à une élite.
    - simplifier
    - apprendre à quelqu'un à faire quelque chose
    - transmettre

      Question bonus spécial prof de français (comme il y en a plusieurs qui lisent) : j'aimerais savoir depuis quand les gens, y compris les journalistes, se sont mis à écrire "ce qu'il se passe" au lieu de "ce qui se passe".
    Rien à voir avec la choucroute, mais ça m'intrigue...


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  • Commentaires

    1
    Marie
    Lundi 1er Mai 2017 à 10:47
    Marie

    "Voir dans la démocratisation culturelle l’âme de l’histoire des 'modernisations' fait oublier le problème central posé par la sociologie des inégalités, celui des liens, étroits mais toujours mobiles, entre capital économique et capital symbolique : on évite ainsi de poser la question de la malléabilité perverse de ces liens, associée à leur aptitude à se re-tresser autrement à mesure qu’un nœud s’en trouve défait par une péripétie historique ou par une politique pédagogique."

    "Même quand il lui donne raison après coup, le constat sociologique du piétinement des politiques de démocratisation ne réjouit guère chez le sociologue que la sécheresse de cœur du professionnel qui se satisfait de voir confirmée la justesse de son pronostic minoritaire. Mais il désespère au moins autant l’ami de l’égalité et de la réciprocité dans l’échange, qui habite, majoritairement je crois, le cœur éthique des sociologues et des anthropologues."

    (Passeron, J.-C., Consommation et réception de la culture : la démocratisation des publics, Colloque DEP/OFCE/Musée du Louvre, Novembre 2002 : 16-17)

     

      • Marie
        Mardi 2 Mai 2017 à 11:04
        Marie

        À penser boulot et univers impitoyable du loisir créatif, j'avais loupé le filigrane... Well done, Vicomte ! (Le plagiat reste un grand classique universel, en toutes saisons, visiblement !)

      • Mardi 2 Mai 2017 à 22:25

        Bon, ben au moins comme la démocratisation de la couture ne relève pas d'une politique, celle-ci ne risque pas de se voir piétinée et d'attrister le coeur éthique de la coutureuse.
        Par contre il n'y avait pas spécialement de filigrane !

      • Marie
        Jeudi 4 Mai 2017 à 08:07
        Marie

        "Comment s'y prendre pour démocratiser un patron", c'était pourtant (involontairement) bien à-propos.

        Les enquêtes sur les pratiques culturelles en France comprennent aussi (parfois) une partie sur les pratiques en amateur, hin hin. Bon, d'accord, pratique en amateur de loisirs 'artistiques', est-ce que l'on y inclut la couture, le tricot, la broderie ? Mon petit cœur d’artichaut dit oui, les politiques culturelles ont sans doute un avis différent.

        Sinon, pour démocratiser un fil à couper le beurre exploitable et déclinable économiquement, rien ne vaut un petit tour de France, d'Europe, du monde, pour remettre au goût du jour un patrimoine textile ancien et réjouir nos âmes de Mamie Nova.

      • Jeudi 4 Mai 2017 à 08:53

        Jean-Pierre Pernaut style.

    2
    Lundi 1er Mai 2017 à 19:32
    SewingTidbits

    Il me manquait le contexte donc j'ai du demander à mon ami Google de m'eclairer tellement je trouvais ça absurde. J'ai pas été déçue...

    Je vois qu'on ne manque pas d'energie chez les couturières démocratiques. J'admire cette démocratisation à coup de patrons plus cher qu'un pauvre Burda, des cours de couture à 200 euros la chemise et des années d'enseignement dans une école privée ou les frais sont au-dela de 8000/an. Si avec tout ça on ne réduit pas la fracture sociale la couture (Patent Pending) on aura tout essayé ma bonne dame!

      • Mardi 2 Mai 2017 à 22:32

        Oh oui, toi qui t'y connais un peu en commerce, t'aurais pas une idée de la next big thing des professions de foi des pros du DIY propre à conquérir le coeur éthique des fonds des investisseurs ?

      • Jeudi 4 Mai 2017 à 12:46
        Marie Poisson

        Tout en restant parfaitement courtoise, les profs de couture doivent gagner leur vie aussi. Des cours de couture avec des sessions à 800€ pour APPRENDRE à faire une chemise je n'en connais pas, mais oui il existe des sessions de plusieurs cours pour apprendre à faire un jean par exemple et savoir en refaire une multitude chez soi par la suite. On peut aussi apprendre à se faire un soutif avec moi parfaitement à sa taille, et pareil, on est armée ensuite pour se faire sa lingerie. 

        Ce savoir je l'ai acquis au prix de beaucoup de travail, et la préparation des cours en demande tout autant. J'ai animé un week-end de couture lingerie de trois jours à 700€ logement et repas compris et je n'ai absolument pas honte de ça.

        Je donne aussi des cours basés sur mon livre, qui m'a demandé 9 mois de travail. Les livres, ça ne fait pas vivre, il faut forcément en faire quelque chose après.

        Voilà quelques éclaircissement. Mais je pense tout de même que nous participons à la démocratisation de la couture, même si on gagne notre vie avec.

      • Vendredi 5 Mai 2017 à 01:41
        SewingTidbits
        @Vicomte je te fais un pronostic sur 1/ la broderie qui sauve les bebes chats et 2/ la garde robe capsule qui reduit les inegalités. Ca fera 600 euros pour mon analyse de tendance. Tu peux envoyer ca sur mon compte Paypal.
        @mariepoisson, le vicomte a repondu pour moi mais effectivement je ne critique pas le fait de gagner sa vie autour de la couture, j'y ai moi même penser. Et c'est toujours utile de rappeler que les livres ne rendent pas riches (mes amies auteures americaines me disent la meme chose). Par contre utiliser la "democratisation" comme argument marketing, il faut oser...
    3
    Liseli
    Mardi 2 Mai 2017 à 08:31

    J'aime beaucoup l'appel masqué à aller voter dimanche prochain, et si possible à aller voter contre une potentielle présidente!

    Il paraît que populariser n'est pas assez vendeur... celles et ceux prêts à payer très cher pourraient ne pas se sentir concernés par ce terme. Triste...

      • Mardi 2 Mai 2017 à 22:40

        Alors il n'y a pas spécialement d'appel à aller voter, et pas plus à voter contre qui que ce soit (c'était plutôt ironique ;) ). C'est juste que ça bouillonnait à l'intérieur et le contexte des élections, dans un cadre qui pour le coup mérite l'épithète de démocratique, a fait sauter le bouchon du petit volcan.
        Je suis d'accord, c'est triste que les termes les plus appropriés ne soient pas considérés comme les plus valorisants.

    4
    Jeudi 4 Mai 2017 à 12:51
    Marie Poisson

    Désolée Vicomtesse pour le coup de gueule! Mais tu me connais, faut pas me titiller... Merci pour cette article qui a animé ma matinée! 

      • Jeudi 4 Mai 2017 à 15:52

        Y a pas de mal, je comprends ton indignation.

        Il ne s’agissait pas pour moi ici de dénigrer le travail et l’apport réels des personnes ou d’exprimer une rancœur contre quiconque gagne sa vie en transmettant un savoir auprès d’un large public. Pour faire baisser la tension, considère que c’est moi qui ait un problème personnel avec le terme « démocratiser » employé à toutes les sauces lorsqu’il s’agit de nous vendre quelque chose, et que certains ont dépassé le mur du WTF en la matière. Dans le meilleur de son emploi, je trouve que populariser et transmettre sont des équivalents tout aussi porteurs de sens et valorisants. Du coup ton point de vue m’intéresse réellement : qu’est-ce que « démocratiser » apporterait de plus et de nécessaire ?

    5
    une autre Marie
    Vendredi 5 Mai 2017 à 11:42
    une autre Marie

    Hello ! Ha, j'avais échappé à cette "démocratisation", je ne dois pas être le "cœur de cible" des "start-ups" qui proposent ça (en fait le marketing c'est quand même assez moche pour la langue française). Effectivement ça me laisse perplexe. Si je comprends que vulgariser n'emporte aucun suffrage (ah-haha, pardon, j'ai pas pu m'empêcher) je préfèrerais qu'on utilise les termes rendre accessible, abordable ou populariser comme tu dis. Mais populariser, ça fait trop peuple justement hein faut croire qu'on veut démocratiser pour une élite... parce que la couture, c'est tendance ! Surtout avec le tissu machin-chose sur le dernier patron bidule-truc...

    Hum, je m'égare, pardon.

    Pour en revenir à tes propositions, j'aime beaucoup l'idée du livret surjeteuse wink2 une vraie mesure pour toutes les couturières ! A quand des machines à coudre dans les médiathèques, hein ? (bon je sais ça se fait déjà dans certaines MJC et certaines CAF, on peut pas trop demander non plus hihi !)

    A bientôt,

    Marie

      • Vendredi 2 Juin 2017 à 12:30

        Et des piqueuses plates aussi pour les médiathèques, ça évitera de faire la queue 3 heures !

    6
    Cilou6
    Dimanche 7 Mai 2017 à 17:33

    Les "gens"  sesont mis à écrire "ce qu'il se passe" au lieu de "ce qui se passe" depuis qu'ils "ont été" à l'école alors que ceux de la génération précédente y "étaient allés" 

    En parlant de démocratisation, j'aimerais utiliser mes chutes de Jersey (tu sais quand il t'en reste - de 50 cm) et j'ai vu ça :: https//www.trucsetbricolages.com/trucs-et-astuces/comment-tisser-un-tapis-avec-des-t-shirts/

    Y en a qui ont essayé? Parceque je crains queça fasse très moche "en vrai".. Non?

      • Vendredi 2 Juin 2017 à 12:29

        Jamais essayé, ça pourrait faire un beau cadeau de fête des pères, non ?

    7
    Mercredi 31 Mai 2017 à 09:53

    Je suis arrivée sur ton blog... de fil en aiguille (mouarf...) en suivant les chemins tortueux de la Toile. Au passage je viens d'imprimer ton patron de chemisette d'été, génial le fait de n'imprimer que la taille qui nous intéresse !!!

    j'ai passé un long moment chez toi, lisant avec bonheur ta prose, qui non contente d'être bien tournée, est tissée d'autodérision et brodée d'humour... Merci pour cette plume bien troussée, tes patrons bien expliqués, et je cours m'inscrire pour te lire souvent.

    Senami

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